Galop d'essai de Pascal

Aujourd'hui, mardi 28 novembre 2006, notre grand navigateur, Pascal Bouche est parti affronter l'Atlantique.

Patiemment il a attendu le bon vent qui le mènerait au bout de sa quête et il a été récompensé.

Il a passé avec succès le barrage d'Arzal ...

puis il a remonté la Vilaine ...

pour rejoindre la mer ...

Ce soir il s'est arrêté à La Baule pour attendre un vent plus propice, pas dans le nez !


Point de Pascal Bouche le 1 décembre 2006 !

Déjà de retour… Plus rapide que Lionel Lemonchois, l'AR France-Martinique à la voile en deux jours !!! Nous détenons le record toutes catégories ;-)

En fait,une aventure mais quelle aventure !

Voici donc :

"Ainsi font, font, font deux petites marionnettes ! Ainsi font, font, font, deux petits tours et puis s'en vont !"

Tout commença par un beau matin de novembre. Plus exactement, le mardi 28 novembre 2006. Le réveil sonna à 6h30. D'un pas motivé, je descendis préparer le dernier petit déjeuner à terre pour ma petite famille.

J'ouvre la persienne et découvre, même si la nuit est encore présente, un ciel dégagé et une lune claire illuminant la mer au loin. Tout ceci sent bon le départ à l'aventure.

Yvane ne tarde pas à me rejoindre et ensemble, nous buvons notre litre d'eau chaude citronnée salutaire. Recommendation d'un ami spécialiste de l'eau et de ses bons effets sur la santé.

Après une "méga top douche", la prochaine sera dans minimum deux semaines, nous réveillons les filles vers 7h30. L'objectif est d'arriver au bateau avant 9 heures pour l'écluse de 11 heures.

Les dernières affaires rangées dans la voiture, la "Bouche Family" part de la maison vers 8h30. 30 minutes de retard, ce n'est pas un drame… Mais là… Au bout du chemin… Un camion nous barre la route !

Heureusement, la volonté ayant toujours soutenu ceux qui en avaient, nous réussissons à passer via le fossé et à rejoindre cette bonne départementale goudronnée. Destination : le port de Locmariaquer pour acheter des croissants et des pains au chocolat… Les derniers avant de longs mois...

Je gare la voiture face à la mer, descend et m'apperçois de l'oubli de mon porte-feuille ! Heureusement, nous ne sommes pas à Arzal ! C'est à plus de 70 bornes...

Donc, retour vers la maison !

Aie, encore le camion… Allez, à nouveau le fossé. Vive le 4x4 !

Nouveau départ ! Le dernier ?

Euh, non...

J'ai oublié mes chaussons en polaire pour les bottes… Désolé...

Il est 8h50 et nous partons pour… le bourg de Loc !

  • "Bonjour, Madame ! 4 croissants et 4 pains au chocolat et 2 pains résistant bien à la navigation !"
  • "Vous partez en bateau ?"
  • "Oui, pour la Martinique !"
  • "Ah… Mon mari est parti début novembre pour les Antilles. Là, il fait actuellement la traversée !"
  • "Nous devrions la faire de mi décembre à mi janvier !"
  • "Bon vent !"
  • "Merci ! Bonne journée !"
Retour à la voiture et départ pour Arzal. Il est 9h. 1 heure de retard...

Nous arrivons vers 10h10. Le capitaine est sur son bateau et il s'impatiente...

  • "On va rater l'écluse !"
  • "Elle est à 11 heures ?!..."
  • "Oui, mais on doit faire le plein de carburant..."
  • "Bon ! Je largue les haussières à l'avant ?"
  • "Ok, je mets les moteurs en marche"
Le temps de passer les filles par dessus la filière et me voilà aux haussières pour larguer les amarres depuis le bateau. La manoeuvre est facile. Pas de vent ni de courant. Nous voguons déjà vers les pompes à essence… Euh ? à diesel...

Arrivé prêt du ponton, je saute dessus pour en écarter le bateau… Ce dernier, pesant plus de 15 tonnes, emporté par sa masse, s'approche dangereusement du coin en acier. Je le pousse de toute mes forces tout en gueulant de faire marche arrière toute. Mes pieds glissent sur le ponton… Je vois la coque toucher le coin mais déjà elle se retire. Le bateau est sauvé d'une belle bosse ! Le cata est en alu Strongall. Cette méthode permet de renforcer l'aluminium. Il équipe les bateaux de pêche en haute mer. Il fait 12 mm d'épaisseur et ne craint pas grand chose. Ceci dit, cela fait désordre de partir avec une bosse dans la coque babord.

Le capitaine refait son approche et cette fois, pas de soucis. Je l'amène doucement contre le Catway et l'amarre temporairement.

Il nous faudra un quart d'heure pour remplir les deux réservoirs de 400 L chacun déjà mi-pleins. Et 3 cartes bancaires, le distributeur limitant le montant...

Il est 11h00 quand nous nous présentons pour l'écluse. Un bateau de pêche est en attente sur tribord et un quillard sur babord. La règle veut que le cata soit prioritaire pour le passage des écluses. De plus, l'écluse étant en révision, seul un côté peut s'ouvrir. Ce qui fait une ouverture de 7m pour un cata qui en fait 6,90 de large. Heureusement, le pont est à bonne hauteur et seuls les haubans risques de poser problème. Nous avons contrôlé la veille et nous devrions avoir 50 cm de battement, une autoroute !

Et si on c'était trompé ?!!!!

La tension est présente et lorsque nous avançons dans l'écluse s'est avec les pare battages tribord comprimés contre le côté droit de l'écluse. Nous la remontons à la main en nous faisant haler par les responsables de l'écluse...

80 cm, 60 cm, 50 cm, 40 cm, 50cm, 80 cm,… C'est passé ! Ouf !

Une bonne chose de faite. Les filles ont apprécié la manoeuvre en dévorant leurs croissants et autres pains au chocolat. Pour ma part, je n'ai toujours pas eu le temps de déjeuner… On verra plus tard !

L'écluse va bientôt s'ouvrir et il est temps pour les filles de quitter le navire.

Yvane rejoint la berge. Je lui passe Nohann, puis Galahann. Les deux petites font les clowns pendant qu'Yvane et moi nous nous regardons en sachant bien que nous n'allons plus nous voir, ni nous entendre, pendant une longue période. Nous n'avons pas de moyens de communication à bord et la portée des GSM est limitée à la côte...

Les yeux d'Yvane s'embrument et mon coeur se serre. Pour détendre l'atmosphère je change de sujet et lance en souriant :

  • "Tu as les clés de voiture ?"
Elle vérifie et me regarde d'un air interrogateur :

  • "Tu es sûr que tu me les as données ?!..."
  • "Euh, Oui ! Enfin, je vérifie… Ah ben non, elles étaient dans ma poche..."
Décidément ce départ, pas facile, pas facile...

L'écluse est à présent ouverte et le capitaine met la barre en avant toute. Le bateau s'éloigne… Le moment est difficile ! Les filles me sourient… La maman et le papa ont plus le sourire genre grimace qu'autre chose.

Yvane demande au capitaine où elle peut nous voir passer sur La Vilaine...

  • "A Billiers ! Prêt de la grande maison blanche..."
  • "A Billiers alors" Nous lance-t-elle...
Je prends les commandes du cata pour remonter La Vilaine. Le bateau de pêche nous a dépassé et il est déjà loin devant. En revanche, le quillard avance moins vite et nous le perdrons très vite de vue.

La progression se fait à 5 noeuds. Une demi-heure plus tard, nous arrivons en vue de Billiers. Le capitaine reprend les commandes pendant que je regarde avec les jumelles pour trouver Yvane et les filles. Je pense l'apercevoir… Non, c'est un poteau. Bon tant pis, je ne vois rien. Pourtant je sens sa présence...

Je reprends les jumelles et je regarde dans le champs sur la droite...

J'y vois une personne en blouson blanc avec deux enfants… Ce sont elles !

Je fais de grands signes ! Mon coeur se crispe à nouveau ! Au revoir ! Je vous aime ! Je ne sais pas si elles me voient mais je continue à les regarder en leur faisant des signes...

Elles bougent, disparaissent derrière un bosquet puis réapparaissent 5 minutes plus tard pour se diriger vers la pointe et monter sur un rocher.

Au retour, j'apprendrai que Galahann avait eu un besoin pressant. L'émotion sûrement !

Elles finissent par disparaître. Je ne les reverrai plus avant mi janvier. Dans presque deux mois… C'est mon choix, je l'assume. Ce n'est pas facile...

Le bateau avance toujours au moteur, cap au 200, vent debout. La mer est agitée avec un bon 3m de houle. Le vent est établi à 25 noeuds et nous avançons toujours à 5 noeuds.

Le capitaine qui ne cesse de faire des aller-retour entre le cockpit, l'avant du bateau, le carré et son téléphone portable - Il reçoit des appels tous les 5 minutes - veut passer l'île Dumet avant de hisser les voiles.

  • "Ok ! C'est toi le capitaine, c'est toi qui décide."
Le bateau tape dans la mer. La houle de Sud-Ouest, quart avant tribord, soulève le cata. Je baille et je commence à saliver. Ce sont les prémisses du mal de mer. Mais au fait, je n'ai encore rien mangé depuis ce matin. Je propose au capitaine de manger mais il n'a pas faim. Il va, néanmoins, chercher du fromage et du pain. Il revient en se frottant la tête… Il vient de la taper contre le hublot en se penchant au-dessus du frigo...

  • "Pas de soucis ?"
  • "Non, çà va ! Et toi ?"
  • "Moi ? Ah oui, je viens de me couper avec mon nouveau super couteau. Je vais mettre un pansement."
Résultat intermédiaire :

  • Capitaine = 1 bosse
  • Equipier = 1 coupure au pouce
De retour, je me fais un casse-dalle avec du pain et du Comté, suivi de galettes La Trinitaine, vive les bigoudins, de quelques rasades d'eau et d'une pomme. Ah, ça va mieux. Il fait bon. Tellement bon que le capitaine décide d'abondonner sa salopette étanche et ses bottes pour un pantalon et des baskets. J'entends un grand Bang sur la coque et je le vois réapparaître en se frottant le crane.

  • "Je me suis cogné la tête sur le plafond cette fois, et je me suis ouvert le crane" me dit-il en me montrant.
La peau est un peu écorchée mais rien de grave. Il repart et revient avec un superbe bonnet bleu et un grand sourire !

  • "Comme çà, je suis protégé !"
Résultat intermédiaire :

  • Capitaine = 2 Bosses
  • Equipier = 1 coupure au pouce
Je lui demande :

  • "Bon, alors ces voiles ?"
Il me réponds :

  • "Je me demande si on vire maintenant pour passer entre le Four et la terre ou si on continue au moteur pour passer au large du Four ?..."
  • "Pourquoi on ne part pas sur l'autre amure. On passerai au large d'Hoedic puis de Belle-Île et vive la haute mer ! Plus de cailloux !"
  • "Le vent est Sud-Ouest. On risque d'aller vers la dépression..."
  • "Quelle dépression ?!!! La météo annonce un anticyclone et le calme plat pour demain..."
  • "Ouais mais si la météo se trompait ?..."
  • "Bon, c'est toi le capitaine, c'est toi qui décide."
  • "Ok ! On mets les voiles et on navigue au plus près du vent pour passer sous le Four"
  • "Ok !" Répondis-je la mort dans l'âme...
On passe à l'avant du bateau car les winchs pour la GV sont sur le mât. C'est mieux, paraît-il… La position est inconfortable car on tape dans la mer et, la plage avant du cata est vaste sans endroit pour se retenir. Alors, on se retient sur le winch lui-même.

  • "Tu moulines, Pascal. Et moi, je dirige la voile pour pas qu'elle se prenne dans la balancine ?"
  • "Ok !"
P… qu'elle est lourde cette GV et en plus, je ne peux pas prendre appui pour donner de la force sur la manivelle. Me voilà en train de mouliner avec la petite vitesse et la GV monte lentement, lentement, très lentement… Il finit par me rejoindre pour m'aider juste au moment où, en dévalant une énorme vague, on tape dans la suivante. Résultat, nous sommes complètement trempés. Enfin moi, comme j'avais gardé mes bottes et ma salopette, je suis un peu mouillé aux avant bras mais lui...

  • "M… Je suis trempé ! Elle est glaciale ! P..."
Ce qui est bien dans la voile, c'est qu'on peut jurer autant qu'on veut. Il n'y a personne pour nous rappeler à l'ordre...

Résultat intermédiaire :

  • Capitaine : 2 bosses et 1 douche
  • Equipier : 1 coupure au pouce
La GV en position, nous rejoignons le cockpit pour lancer le génois. Je maintiens le cap pendant qu'il largue le génois sur enrouleur. Les voiles en position, nous changeons de cap et partons au… Au 150 ! Impossible de remonter plus au vent...

  • "50° du vent, c'est le maximum pour un cata" me répond-t-il.
Ceci dit, on avance à plus de 10 noeuds… Mais cela nous fait une route Sud-Est qui nous ramène vers la terre… Pas bon, Pas bon...

  • "Je suis trempé. Je vais me changer !" me lance-t-il.
  • "Pourquoi as-tu enlevé ta salopette ?" je m'enquis.
  • "Question de sécurité" me dit-il. "Si jamais on tombe à l'eau..."
  • "Tiens, à propos de tomber à l'eau, ton kayak de mer que tu disais avoir bien arrimé… Et bien, il nous sert de ligne de traîne et il tape contre la coque..."
  • "Ah M… ! Je vais le chercher !"
Le voilà, sortant du carré avec son pantalon sec et de nouvelles baskets. Il regarde son kayak avec dans les yeux un côté désespéré...

  • "Je vais le chercher, Pascal. Si tu vois que je tombe à l'eau, tu arrêtes le bateau et tu fais demi tour. Ok ?"
  • "Euh, OK !… Mais comment on démarre les moteurs ?"
  • "C'est simple, tu préchauffes là. Puis tu tournes la cléf et tu mets les gaz. Ok ?"
  • "OK ! Mais avant, je dois me mettre bout au vent. Affaler les voiles. Et ensuite, revenir te chercher… Cela risque d'être long..."
  • "Bon, tu me lances la bouée Fer-à-cheval puis, tu manoeuvres..."
  • "Mwouais… Essaie de ne pas tomber. Ce sera plus simple !"
Il me sourit et part à l'arrière tribord du navire. Il récupère sans trop de difficulté son kayak et l'arrime sous le vent à babord.

Nous voilà reparti pour de nouvelles aventures.

Le phare du Four est sur tribord et nous avançons à bonne allure. Je prends plein d'embruns et j'ai le soleil de côté. Je décide d'aller chercher mes lunettes de soleil et j'en profite pour m'éclater un ongle dans les portes coulissantes. Je remonte en suçant le doigt.

Résultat intermédiaire :

  • Capitaine = 2 bosses et 1 douche
  • Equipier = 1 coupure et 1 ongle
Son regard est inquiêt et il me montre au loin...

  • "T'as vu les déferlantes ?" Me demande-t-il.
  • "Oui. C'est normal, c'est un haut-fond… Rien de grave !"
  • "J'aime pas ça..."
Je le regarde et je lui pose une question qui me trotte depuis un petit moment...

  • "Tu as déjà fait une transat ?"
  • "Non !" me répond-t-il avec le sourire
  • "Tu n'es pas revenu avec l'ancien propriétaire de Guadeloupe ?"
  • "Non, il est revenu tout seul..."
  • "Mais alors, qu'est-ce que tu as fait comme grande traversée ?"
  • "J'ai navigué ici, d'Arzal à Houat. En fait de La Baule à Quiberon, principalement"
  • "C'est tout ?"
  • "J'ai navigué aussi en Guadeloupe..."
  • "Ah ! Et quand tu étais marin pêcheur ?"
  • "On pêchait autour de Houat..."
  • "Ah..."
Dans ses yeux, quelque chose changea...

Le vent forcit et nous touchons actuellement du 30 noeuds constant.

  • "Il faudrait prendre un ris." lui dis-je.
  • "Pas tout de suite. Je préfère voir si le vent se maintient. Pour prendre le ris, on doit se mettre bout au vent et on va être secoué..."
  • "Oui, mais si le vent forcit encore, cela sera encore plus difficile de le prendre ce ris."
  • "Je réduis le génois et on voit..."
  • "Ok, c'est toi le capitaine. C'est toi qui décide..."
On s'éxécute mais cela ne soulage pas suffisamment le bateau. En plus un grain vient vers nous ce qui signifie que nous allons bientôt toucher des rafales...

Il reprend la conversation

  • "Si on continue sur cette route, on va droit sur l'Île d'Yeu. On peut, peut-être, s'arrêter dans le port de l'Île d'Yeu ?"
  • "Tu sais, Noirmoutier, c'est vraiment un mauvais port et pour l'Île d'Yeu, je pense qu'il y a des problèmes pour les cata. Là, il faut changer d'amure et partir au large..."
  • "Je ne connais pas ce coin ! Je connais tous les cailloux jusqu'à La Baule mais après, je ne connais pas..."
  • "C'est pour cela qu'il faut partir au large. Là, pas de cailloux !"
  • "Oui, mais si le vent nous ramène vers la côte et nous pousse contre l'Île d'Yeu de nuit, on ne pourra même pas s'abriter. En plus, le vent forcit..."
  • "C'est le grain qui arrive. La météo a prévu entre 3 et 5 beaufort puis calme plat. En réduisant la GV, le bateau passera mieux."
  • "Je préfère revenir vers La Baule."
  • "La Baule ? Mais on est au large de Noirmoutier ? On fait demi tour ?"
  • "On passe la nuit à La Baule et on voit pour demain si la météo est plus clémente ?"
  • "La météo est bonne. On a une bonne visibilité et on touche 30 noeuds établis. Rien de méchant..."
  • "Je préfère passer la nuit à La Baule et demain on avise..."
  • "Ok ! C'est toi le capitaine, c'est toi qui décide. On va passer vent arrière, on réduit la GV ?"
  • "Oui ! On se met bout au vent"
Bout au vent, le bateau a du mal à tenir. Il abat constamment malgré la roue à fond sur tribord. Rien à faire… Le génois se met à contre, enfermant le capitaine entre le mat et le génois. Le bateau revient peu à peu et enfin, le génois repasse sur babord. Du coup, le bateau reprend de l'air et la GV se regonfle… Le capitaine largue la drisse de GV et celle-ci descend complètement. Nous voilà sous génois. Il revient vers moi, prend la barre et met le cap sur La Baule au 80, allure grand largue sous génois.

  • "Tu ne remontes pas la GV ?"
  • "Non. Avec la houle d'ouest, on va fatiguer le gréement. C'est mieux comme çà, et on fait du 9 noeuds"
J'avoue que là, j'avais du mal à dire :

  • "OK! C'est toi le..."
Nous voilà donc en direction de La Baule et de son port, Pornichet, avec derrière nous le grain qui nous rattrape.

  • "On sera à La Baule avant le grain." Me dit-il.
Ceci dit, je vais chercher mon blouson au cas où...

Nous avons rentré le génois et parcouru les 5 derniers milles au moteur. Vers les 19 heures, nous arrivons dans l'entrée du port qui est vraiment très étroite. Surtout pour un cata avec une houle d'ouest. Mais le capitaine le mène avec dextérité.

A peine arrivés dans le port, le grain nous innonde de trombes d'eau. Nous cherchons une place et nous décidons de nous mettre à couple d'un autre cata, en polyester celui-là. Je saute sur ce dernier avec l'haussière avant et cherche le taquet pour l'amarer. Pas de taquet ? Si, cherche, il doit y en avoir un… A l'arrière, prêt de la descente de bain, un mini taquet. Je passe vite l'haussière avant que le bateau à sec d'air ne se fasse pousser par le vent qui souffle à prêt de 40 noeuds maintenant, grain oblige. La haussière se tend. Le cata en polyester craque, craque, craque de plus en plus...

  • "On va arracher le taquet !" Je lui crie dans la tourmente
  • "Je remet les moteurs" me répond-t-il
Le bateau revient...

Heureusement, 2 gars du port se proposent pour nous aider et l'arimer, plutôt, sur l'emplacement pour l'essence. Etant donné qu'il y a peu de sorties et que la pompe est fermée, nous pourrons y rester jusque demain 9 heures.

La manoeuvre terminée, le grain s'arrête et la nuit froide s'installe.

  • "Je ne suis jamais arrivé à la Baule sans essuyer un grain à mon arrivée. C'est dingue ,non ?" me confie-t-il complètement trempé.
  • "Question de Karma ! " lui répondis-je avec un clin d'oeil.
Résultat intermédiaire :
  • Capitaine = 2 bosses et 2 douches
  • Equipier = 2 coupures
On remercie les gars du port et le capitaine reconnait l'un de ses anciens amis. Ils se font part de leurs itinéraires respectifs depuis ces 10 années passées et il leur fait visiter son bateau.

Je comprends autre chose. Avant, il avait une crêperie sur le port et cela avait été dur. Il avait presque tout perdu. Aujourd'hui, il reviend la tête haute. Il est propriétaire de ce beau et grand catamaran. Une petite fièrté se dégage de lui. Il a réussi...

Nous décidons d'aller boire un verre dans son ancienne crêperie. Il me raconte son histoire, ses réussites, ses éches. Descendu au plus bas, à force de volonté et de courage, il réussi à remonter la pente et à s'en sortir. Il me parle de ses rêves… Conscient que le temps court sans cesse, désespérément. Il lui reste encore tant de choses à faire… Il se sent vieux par moment. Sa nouvelle paternité proche le ravi et lui fait peur en même temps.

C'est un homme au grand coeur. Je ressens ce qu'il me dit et je vois en lui que nous n'allons pas aller plus loin pour ce rêve-ci. Il me raconte qu'il avait acheté le bateau pour faire le tour du monde en famille mais il était le seul à partager ce rêve...

  • "Tu vois Pascal, je pourrais partir seul… Mais seul, tu ne partages rien et si tu ne peux pas partager, à quoi cela sert-il ?… Cette transat, c'était la dernière possibilité pour réaliser une partie de mon rêve. Mais plus on avance, plus je sens que ma place n'est pas ici mais auprès d'elle… La météo n'est pas avec nous. Si le vent était de Nord ou d'Est, on pourrait y aller d'une traite..."
  • "Si demain le vent est de Nord ou d'Est, on continue ?"
  • "Oui ! Si le vent est de secteur Nord ou Est, on continue..."
Nous sommes retournés au bateau sans parler. Nous avons cuisiné des tagliatelles avec le fromage qui empestait et avait passé la traversée à l'extérieur. Pour digérer, nous avons fait une petite balade dans Pornichet. Personne ! Cela m'a mis le bourdon. On est rentré et je suis allé me coucher. Il était même pas 10 heures mais je me suis endormi tout de suite...

8 heures du mat ! Tout le monde était debout sauf le vent… Après un passage à la capitainerie, nous sommes allés voir la météo...

  • "Bonne nouvelle, le vent est annoncé Nord-Est !"
Le capitaine me répond :

  • "Cà doit être un vent de terre. Regarde au large, c'est de l'ouest !"
  • "Tu veux rentrer ?"
  • "Oui. En plus tu vois, il y a des travaux sur l'Île d'Yeu, on n'aurait pas réussi à y entrer..."
  • "Bon… Ok ! C'est toi le capitaine..."
A peine avais-je prononcé ces paroles qu'il retrouva le sourire. Nous repartîmes au bateau et moins d'une demi-heure après, nous étions hors du port faisant route au moteur, vent sur tribord.

  • "On ne mets pas les voiles ?" demandais-je
  • "Non, on ne va pas avancer. Il n'y a pas assez de vent !"
En moi-même je me disais que nous n'étions pas pressés. Nous avions 40 jours de vivre et une météo clémente jusqu'à vendredi. Lui semblait vouloir rentrer au plus vite. Il avait le sourire et semblait détendu.

  • "Tu te sens mieux maintenant ? Tu as l'air soulagé" lui dis-je
  • "Oui, j'avais des remords pour ma copine et le temps ne me plaisait pas. Ce sera pour une prochaine fois..."
Une prochaine fois… Dans une autre vie peut-être...

Pour ma part, j'ai pris conscience que ce n'était pas tout de vouloir réaliser son rêve. Il fallait s'en donner les moyens et surtout le temps. Il était aguerri mais pas en haute mer. Ce qui a du lui faire encore plus douter, c'est qu'il comptait sur moi pour l'épauler et peut-être même, l'emmener au-delà de l'atlantique… Mais moi non plus, je n'étais pas suffisamment aguerri...

Demain, lorsque nous partirons pour notre tour du monde, mes filles et mon épouse se reposeront sur moi pour les emmener de par les mers. Je vais devoir être à la hauteur et être sûr de moi. Surtout, dans le mauvais temps, où tout l'équipage fait confiance en son capitaine. Et quoi de plus dangereux voir désastreux que de voir, en pleine tempête, le capitaine perdre les pédales.

Dans ma voiture, revenant pour prendre mes affaires dans le bateau, je me suis juré de "Bouffer de la mer jusqu'à notre départ et par tous les moyens et tous les temps" ! Je me vois mal partir… Dire au revoir à tout le monde… Et, revenir 2 jours après...

Comme quoi, toute expérience est bonne à prendre ! Merci à toi Capitaine ! Tous mes voeux de bonheur pour la maman, les jumeaux et cette nouvelle paternité !

Je le dis et je le pense sincèrement, tu as pris une bonne décision !

C'est toi le capitaine, c'est toi qui décide… Et tu as pris une sage décision !

Amitiés à toutes et tous qui m'avez suivi et qui nous soutenez !

PS : Retrouvez bientôt ces aventures en vidéo ! J'ai tout filmé, enfin presque… ;-)

Résultat final :

  • Capitaine : 2 bosses + 2 douches + 1 petit garçon et 1 petite fille
  • Equipier : 1 coupure + 1 ongle éclaté + 1 envie de naviguer jusqu'au bout du monde !

Zone du galop d'essai

La vidéo du "Galop d'essai de Pascal"

Nous espérons qu'elle vous procurera autant de plaisir que nous en avons eu à la réaliser...

Tout commença par un beau matin de novembre. Plus exactement, le mardi 28 novembre 2006. Le réveil sonna à 6h30. D'un pas motivé, je descendis préparer le dernier petit déjeuner à terre pour ma petite famille. J'ouvre la persienne et découvre, même si la nuit est encore présente, un ciel dégagé et une lune claire illuminant la mer au loin. Tout ceci sent bon le départ à l'aventure...

 
Comments: 2 Comments by XWikiGuest …
XWikiGuest 03/03/2007 19:40:03
comme dit le proverbe:tout vient à point à qui sait attendre...;)
mathieu coste 06/12/2006 17:30:27
Merci pour ce petit moment de bonheur… effectivement je sens que l'aventure a commencé :)
 
 

Version 1.102 last modified by Yvane Bouche on 13/01/2008 at 21:19

Comments 2

mathieu coste | 06.12.2006 at 05:30 PM
Merci pour ce petit moment de bonheur… effectivement je sens que l'aventure a commencé :)

XWikiGuest | 03.03.2007 at 07:40 PM
comme dit le proverbe:tout vient à point à qui sait attendre...;)

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Pascal Bouche

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Bonjour Gaëlle, tu es la bienvenue sur Wiki-Up. Surtout, n'hésite pas à partic …
Pascal Bouche

Presentation W2C
Je n'ai pas eu le temps de bien décortiquer jusqu'au bout. Je m'y remet bientôt.
Yonnel Bécognée

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Creator: YvaneBouche on 2006/11/28 20:44
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